Pat Burgener : “Inspirer les jeunes à un moment décisif de leurs carrières”

Pour Pat Burgener, snowboardeur acrobatique international, et guitariste, chanteur auteur-compositeur, son sport et la musique sont indissociables : c’est de l’art qui appelle la créativité. Le double médaillé en half-pipe aux Championnats du monde, 5e au Jeux de PyeongChang en 2018, aime plus que tout partager sa passion et son expérience avec les plus jeunes, ce qu’il met en pratique dans son rôle d’ambassadeur des JOJ de Lausanne 2020. Entretien avec un artiste qui sait exactement où il va.

Racontez-nous vos débuts…
J’avais des problèmes, j’étais un rebelle à l’école, j’ai toujours voulu faire quelque chose de différent par rapport aux autres et c’est à ce moment-là que je me suis mis au snowboard. C’est aussi simple que cela. J’ai aussi essayé plein d’autres sports, le skateboard, le football, le tennis, mais c’est le snowboard qui m’a vraiment accroché, car j’étais amoureux de la montagne. J’ai commencé par faire du freestyle, je n’ai jamais été intéressé par le chronomètre, tout ce qui est “alpin”, mais plus par l’aspect artistique. Je fais également de la musique parce que c’est quelque chose qui me ressemble. C’est de l’art.

Vous pensez que votre sport et la musique se rapprochent par l’aspect artistique ?
Oui, tout à fait. À 100 %. Tous mes collègues qui font du ski alpin me paraissent beaucoup moins créatifs. Alors que si vous regardez les snowboardeurs, ils ont tous des projets à côté. Ils se mettent tous à faire des trucs super créatifs. Cela fait partie de notre job. Il n’y a rien contre les autres sports. Si on fait de la musique classique, il s’agit en grande partie de lire des partitions, alors que dans le rock, le blues, la musique électronique, toute la carrière sera basée sur la recherche de nouveaux sons, l’écriture, la création.

À quel moment vous êtes-vous pris de passion pour la musique ?
J’ai commencé la guitare à cinq ans, j’ai eu quelques années de cours, j’ai arrêté une année quand j’ai commencé le snowboard, puis j’ai emporté ma guitare en voyage sur les compétitions. J’ai compris que c’était un réel besoin de l’avoir avec moi. Jusqu’à 18 ans, je ne pensais pas à faire de la musique. Mais je me suis blessé, et là, je suis tombé amoureux de la composition et surtout des performances live. C’est cela qui me passionne. La musique, c’est écrire, c’est la partie créative, comme un entraînement de snowboard quand on fait de nouvelles figures, et jouer en concert sur scène, c’est comme être en compétition. Dès mon premier concert, alors que j’étais blessé, je recherchais un peu cette adrénaline, et je me suis dit, que c’était là où je voulais être.

Pour quelles raisons avez-vous rejoint les ambassadeurs de Lausanne 2020 ?
J’ai voulu m’engager auprès de Lausanne 2020 après les Jeux Olympiques de PyeongChang où j’ai fini 5e en finale. J’ai vu à quel point c’était quelque chose d’intense pour la carrière d’un sportif. J’ai grandi à Lausanne qui est quand même la capitale olympique, je sortais d’une expérience comme celle-là, et les JOJ concernent les plus jeunes, ceux qui montent : j’ai toujours été proche d’eux, surtout ceux du snowboard. J’aime passer du temps en leur compagnie. C’est incroyable de pouvoir partager, de les pousser à vivre une vie comme celle que j’ai vécue. Ils sont quand même à un moment décisif de leur parcours : ça passe ou ça casse. Je suis aussi passé par là. Et soutenir le passage de cette étape particulière, ça me fait vraiment plaisir. Tout ce que je fais aujourd’hui, sur les réseaux sociaux etc. c’est en grande partie pour inspirer les autres

En parlant de votre carrière sportive, quels ont été les meilleurs moments ?
Il y en a beaucoup. Chaque saison a quelque chose de spécial, chaque semaine de voyage est une nouveauté, et j’essaye tout le temps de faire des choses différentes. C’est une histoire qui a commencé et qui n’a pas encore de fin, il faut faire en sorte que chaque moment soit aussi bien que le précédent. Sur le plan des résultats, ce qui m’a le plus marqué, c’est la médaille de bronze que j’ai gagnée aux Mondiaux de Sierra Nevada il y a deux ans, celle que j’ai remportée cette année à Park City, et bien sûr les Jeux Olympiques de 2018. On se prépare pendant beaucoup d’années pour ces moments, on sait que c’est vraiment deux ans pour des Mondiaux ou quatre ans pour des Jeux avant d’y arriver. Il y a la pression du pays derrière vous. Tout le monde à la maison vous regarde, et c’est vraiment là qu’il faut montrer que vous vous battez comme un malade et que ce n’est pas pour rien.

Quels sont les sportifs qui vous ont inspiré ?
J’ai été inspiré par beaucoup de monde, qu’il s’agisse de musiciens ou de vedettes du snowboard. Il y avait notamment Shaun White que je regardais quand j’étais plus jeune, d’autres aussi. Toutes ces personnes que j’ai suivies et qui ont fait que je sais qui je suis aujourd’hui. Je pense que c’est la même chose pour les jeunes : je ne suis pas la seule personne, mais je suis l’une de celles qui peuvent influencer leur vie.

Quelles sont vos actions dans le cadre de votre rôle d’ambassadeur ?
J’écris des messages, je donne des concerts, notamment lors de la cérémonie “Un an avant les JOJ” en février dernier. Ce sont mes actions actuellement. Je suis aussi présent sur place, je crois beaucoup au projet et c’est ça qui importe. J’ai aussi participé à un projet de promotion contre les commotions cérébrales, c’est quelque chose qui me concerne énormément, ainsi que beaucoup de sportifs. Un beau projet à tourner, avec un clip qui sortira d’ici les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Lausanne.

Donnerez-vous un concert aux Jeux Olympiques de la Jeunesse 2020 ?
Ah oui, j’espère bien ! Je pense que cela se fera. Pour moi, c’est une “saison morte”, pas de Mondiaux, pas de Jeux Olympiques, donc c’est parfait pour investir mon temps sur les JOJ, et puis il y a un autre projet, celui d’un film sur les jeunes réfugiés au Liban. Je pense que je vais baser mon hiver 2019-2020 là-dessus, sur les JOJ de Lausanne et sur ce projet plus personnel. À Lausanne, je serai là dès l’ouverture, je pense qu’on fera un concert, enfin je ne sais pas exactement, mais cela va s’organiser.

Que ressentez-vous en tant que Lausannois ?
Pour moi, l’intérêt majeur des JOJ, c’est que les jeunes sont à un moment délicat de leur carrière. C’est une étape tellement énorme pour eux d’aller aux Jeux Olympiques de la Jeunesse ! C’est déjà incroyable que cette compétition ait été mise sur pied, elle donne un premier espoir aux jeunes athlètes qui veulent vivre de leur sport et arriver au niveau olympique. Le fait que ce soit à Lausanne, c’est encore plus incroyable : c’est là où j’ai grandi, ça me touche directement au cœur. C’est là où j’allais à l’école tous les matins, c’est là où je dessinais sur les murs… là où je me rebellais. Maintenant, je suis là, je peux en faire partie, c’est très important et ça me tient grandement à cœur. Voir venir les jeunes du monde entier dans notre ville, les voir rêver, c’est cela qui va me donner un très grand sourire…