«Les JOJ jouent leur rôle de laboratoire dans tous les domaines»

Le directeur exécutif des Jeux Olympiques au CIO Christophe Dubi fait part de sa vision des JOJ, tout en louant l’implication du savoir-faire local dans l’événement de janvier 2020.

De nouveaux sports font leur apparition aux JOJ 2020, comme le ski-alpinisme et le trois contre trois au hockey. En quoi est-il nécessaire de changer la palette des sports proposés?

Le programme des sports des Jeux Olympiques de la Jeunesse et des Jeux Olympiques doit demeurer en tout temps attrayant pour la jeunesse et refléter l’évolution de la pratique sportive au quotidien. C’est pourquoi nous voyons de nouveaux sports, de nouvelles disciplines, de nouvelles épreuves apparaître régulièrement aux JO et aux JOJ. 

Les JOJ en particulier représentent une plateforme extraordinaire pour tester de nouvelles épreuves. Nous l’avons fait avec beaucoup de succès dans le passé. Certaines ont rejoint le programme olympique, ce fut le cas du Slopestyle apparu à Innsbruck pour la première fois, avant de faire partie intégrante du programme des JO d’hiver de Sotchi en 2014. En ce sens, les JOJ jouent pleinement leur rôle de laboratoire dans tous les domaines.

Lausanne 2020 part sur un programme éducatif et de santé pour les jeunes athlètes. Quels sont les points essentiels à retenir?

Notre ambition dès le départ de l’aventure des JOJ était de donner l’occasion aux jeunes athlètes de se développer dans tous les domaines pertinents pour leur future carrière, que ce soit dans le sport d’élite ou dans d’autres métiers du sport, puisque l’un des objectifs principaux est de garder le plus grand nombre de jeunes dans le monde du sport, dans différentes fonctions. Nous avons donc pensé le programme des JOJ à la fois comme une offre au niveau sportif avec les meilleures conditions possibles pour les jeunes athlètes, mais également aux niveaux culturel et éducatif dans de nombreux domaines, comme la lutte contre le dopage, l’entrepreneuriat ou la protection des athlètes. Pour eux, c’est une expérience extrêmement riche.

Ces JOJ à Lausanne sont-ils un atout pour relancer une éventuelle candidature pour des JO en Suisse, malgré l’échec de Sion 2026?

L’essentiel à ce jour est de se concentrer sur la réussite de ce premier et formidable défi que constituent les JOJ de Lausanne. Il y a énormément d’attentes, par rapport à la mobilisation des jeunes en particulier, quelque chose que Buenos Aires a extrêmement bien fait, comme nous l’avons vu lors de la dernière édition des JOJ, en octobre. Pour un pays traditionnel d’accueil d’événements sportifs d’hiver comme la Suisse, les attentes sont les mêmes et l’on doit se concentrer aujourd’hui sur la pleine réussite de cet événement. 

Dès lors qu’on aura su mobiliser les jeunes, qu’on leur aura donné envie de voir du sport de haut niveau, de participer à l’organisation des JOJ, à Lausanne ou dans les stations qui accueilleront les différentes compétitions, il est certain qu’une nouvelle dynamique d’accueil va s’engager ; et possiblement, avec elle, une nouvelle réflexion pour d’éventuels Jeux Olympiques dans le futur.

La jeunesse a répondu présent pour Lausanne 2020, avec l’implication des écoles et des hautes écoles. Comment le CIO voit-il toute cette énergie dépensée?

De la même manière que nous souhaitons proposer une expérience extraordinaire aux athlètes engagés dans la compétition, il est essentiel de donner de la place à tous les jeunes. C’est un événement par les jeunes, pour les jeunes. Et dans ce contexte, un excellent travail se fait, avec l’implication effective de ce qui se fait de mieux dans les hautes écoles, que ce soit la HEC, l’École hôtelière de Lausanne, l’UNIL ou l’EPFL. 

Impliquer le savoir-faire local dans un événement comme celui-ci est une démarche très intelligente. Ce sera probablement un exemple à suivre dans le futur, un modèle que nous pourrons répliquer. Nous retrouverons vraisemblablement certains de ces étudiants et de jeunes qui auront participé à cette organisation sur d’autres événements: JOJ, JO ou autres. Cette implication et cette responsabilisation de la jeunesse sont à la fois une expérimentation, un accélérateur d’expérience et un acte de générosité.

Les JOJ sont-ils conçus pour traverser les époques, comme les JO? Ou comme un coup sur quelques années?

Les JOJ s’inscrivent dans la durée. Nous en percevons les bénéfices à plusieurs égards. Sur le plan sportif bien entendu, mais aussi dans la technologie, la diffusion TV, les programmes de formation pour les athlètes que nous pensons étendre, ou les initiatives comme les «Jeunes artisans du changement», qui ont pour ambition d’aider les athlètes de leur délégation nationale à tirer pleinement parti de leur expérience aux JOJ et d’être une source d’inspiration dans leurs communautés. 

Tout ceci a été développé dans le cadre des JOJ. Un autre aspect essentiel concerne les avantages pour les athlètes eux-mêmes et en particulier ceux qui continuent dans une carrière de sportifs d’élite. Certains des athlètes passés par les JOJ ont réussi magnifiquement la transition générationnelle et sont aujourd’hui des ambassadeurs de tout premier plan du Mouvement olympique, des valeurs de l’olympisme et des JOJ, comme Chad Le Clos ou Lindsey Vonn, pour ne citer qu’eux.

À titre personnel, quel est le moment que vous attendez à Lausanne 2020? Quelles sont les émotions que vous espérez avoir?

Il y aura forcément deux moments très forts, la cérémonie d’ouverture qui reste unique en toutes circonstances, par la concentration d’énergie positive, d’attentes et de compétences à un endroit et un moment donnés. Lausanne sera sur le devant de la scène, ce sera très spécial. Je ne doute pas un instant que l’événement lui-même, en particulier dans sa dimension sportive, sera extrêmement bien livré d’un point de vue opérationnel, mais surtout qu’on observera une grande mobilisation de la jeunesse et que les stades seront pleins. Si tel est le cas, Lausanne laissera une marque tout à fait particulière dans l’histoire des JOJ d’hiver. Il s’agira ensuite de se retourner sur l’événement et, là aussi, je suis convaincu que nous aurons la fierté d’avoir fait cela tous ensemble.

Vous êtes un ancien joueur de hockey. Assisterez-vous aux épreuves de hockey sur glace de Lausanne 2020?

Le hockey reste ancré profondément dans la tradition familiale, mais après plus de vingt ans d’expérience, j’ai appris qu’il fallait laisser ses passions de côté pour se concentrer sur l’événement à livrer. C’est une approche managériale, mais c’est la réalité du terrain. Lorsque nous sommes au cœur de l’opération, notre temps et notre énergie sont concentrés sur les problèmes qui peuvent se présenter. 

Si l’édition de Lausanne 2020 se déroule parfaitement, j’aurai beaucoup de plaisir à suivre les compétitions et le hockey sur glace, et en particulier cette nouvelle épreuve du trois contre trois. 

Photo: ©Keystone/Valentin Flauraud

Interview paru dans la FAO, dans le cadre d'un hors série sur Lausanne 2020