"Avec les jeunes, pour les jeunes et par les jeunes"

Ian Logan est le Directeur général du comité d'organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse d'hiver de Lausanne 2020. Comme il l'explique dans cet interview, tout le projet est axé autour de la jeune génération, largement associée à l'organisation des JOJ dans la capitale olympique, et dont les exploits sur le terrain sportif seront une source d'inspiration pour la "Suisse de demain" s'agissant de la pratique sportive.

Quelle est votre vision pour les troisièmes JOJ d'hiver de Lausanne 2020 ?

À travers l'Agenda olympique 2020 mis en place par le CIO, il y a cette vision "durabilité-crédibilité-jeunesse" et, ainsi, une très forte volonté de s'adresser aux jeunes. Nous partageons cet important message. Nous avons la chance d'être les premiers Jeux qui s'inscrivent temporellement dans ce mouvement de renouveau. Ma vision, c'est de positionner ces JOJ comme un nouveau projet de jeunesse, un projet dans lequel on fait confiance à la jeunesse. Des Jeux qu'on organise avec, par et pour les jeunes. Et ce, en co-construction avec le CIO.

Il y a une forte notion d'héritage…

De nouveau, crédibilité-durabilité-jeunesse, c'est le message fort du Mouvement olympique. Crédibilité, cela veut dire gouvernance intelligente. Durabilité, il ne s'agit pas que de l'environnement, c'est également le côté social, économique ; et donc il s'agit de faire des Jeux qui soient durables dans ces trois domaines et surtout que l'on parle à la jeunesse. Pour ces Jeux, nous ne faisons qu'exploiter ce qui existe et nous ne l'utilisons que de manière à en faire un tremplin pour réaliser d'autres choses.

Pouvez-vous citer des exemples concrets ?

Nous rénovons des sites non pas pour les JOJ, mais grâce aux JOJ et pour des utilisations pérennes. Par exemple, aux Diablerets, un télésiège devait être rénové pour 2022-2023 et le projet a été accéléré. Grâce aux Jeux, il est remplacé dès cet hiver déjà par une télécabine dix places qui donne un accès à la haute montagne en toutes saisons. Autre exemple à Lausanne, cela fait des décennies que le manque de logements pour étudiants se fait sentir. Avec les JOJ, les financements privés ont été trouvés et le "Vortex", un immense bâtiment circulaire, sera ouvert aux étudiants en juillet 2020. Avant, ce sera le village olympique de la jeunesse de Lausanne 2020 et il accueillera ainsi toutes les délégations de sportifs en janvier 2020. Nous ne serons que les premiers locataires du bâtiment. Il n'a pas été construit pour nous, mais pour les étudiants. Il ne s'agit pas de construire des installations et de "voir après". Ici, le modèle est fini, à l'avance, sans nous: tout est réglé.

©Stéphane Engler

Comment organiser des Jeux en traversant la frontière ?

On a pris un peu de hauteur. Vu du ciel, on a regardé la disposition des sites et là, juste à côté de la Suisse, il y a cet extraordinaire stade des Tuffes à Prémanon qui a le niveau requis pour organiser les compétitions et un formidable savoir-faire. Au niveau de l'accès, ça n'est pas plus loin que Leysin ou les Diablerets par rapport à Lausanne. Personne n'y avait encore pensé. Grâce aux JOJ, nous ouvrons formellement l'aspect binational de l'organisation d'un évènement olympique.

Prémanon était déjà le pôle d'excellence du ski nordique français. Le centre, déjà rénové en 2013, voulait en faire un peu plus, notamment pour le stade de saut à ski vétuste qui avait été fermé. Grâce aux JOJ, il a été possible de débloquer un financement afin notamment de reconstruire le tremplin dans un objectif de pérennité. En parallèle, nous avons signé un contrat pour 20 ans de coopération franco-suisse : les athlètes suisses de ski nordique vont pouvoir aller s'entraîner aux Tuffes. Toujours, dans une vision à long terme.

Qu'en est-il des épreuves organisées dans les Grisons ?

Les courses de bobsleigh, skeleton et luge se dérouleront à Saint-Moritz, sur un site qui existe depuis plus de 100 ans : la mythique piste de glace naturelle Cresta Run. Et nous allons plus loin en ramenant également le patinage de vitesse sur la glace naturelle : un ovale tracé sur le lac gelé de Saint-Moritz. J'aime bien dire à ce sujet "forward to the roots" (aller de l'avant tout en retrouvant ses racines). C'est fantastique que l'ISU et le CIO aient tout de suite soutenu ce projet. De fait, ce test en plein air est un vrai test avec des perspectives d'avenir. Dans le dossier de candidature, il n'y avait ni bob ni skeleton, car aucune infrastructure dans les environs. Toujours dans ce souci de ne rien construire pour l'événement, nous sommes allés chercher une piste de glace là où elle se trouvait. Une fois cette solution adoptée, nous avons eu l'idée de nous tourner également vers du naturel pour le patinage de vitesse, qui se déroulera aussi sur le lac gelé.

Quel est le sens de votre action concernant la mobilisation de la jeunesse ?

Il y a deux ans, nous avons reçu toute une équipe de jeunes de 11-12 ans qui sont venus pour qu'on leur présente les JOJ. Nous leur avons montré des vidéos et là… J'ai vu leurs yeux qui brillaient. Ils voyaient des jeunes de 16 ans qui faisaient du half-pipe, du patinage artistique, du hockey. Et ces athlètes de 16 ans, ce sont les mêmes qu'eux. Et c'était "ouah, il a mon âge ! Je peux aussi y arriver !" Cela m'a ouvert les yeux. Que les jeunes s'adressent à d'autres jeunes, c'est tellement fort ! Faire confiance aux jeunes, les faire venir et rester dans le sport, c'est ce que nous faisons dans l'animation, dans la conception des podiums, des mascottes, etc. Faisons parler les jeunes entre eux et faisons leur confiance. C'est leur rendre hommage. C'est les inspirer.

La capitale olympique devient ville olympique…

Je pense que le public ne se rend pas encore totalement compte de ce que cela veut dire. Je viens de Lausanne, je voyais partout "capitale olympique" et je ne comprenais pas ce que cela voulait dire. Depuis que je travaille à ce poste, j'ai compris que l'Olympisme, c'est comme un État. Mais sans frontières, sans pays. Il y a des ambassadeurs partout, représentant 206 CNO dans tous les états physiques. Cet État a dit : "Je veux ma capitale à Lausanne". Et ça inverse tout : Ce n'est pas notre ville qui est capitale olympique, c'est la capitale olympique qui est à Lausanne. Et ça c'est énorme : l'Olympisme a décidé de venir à Lausanne. Mais Lausanne va maintenant devenir ville olympique. Nous avons enfin cet échange. C'est super d'écrire ainsi l'histoire, avec toutes ces Fédérations et organisations internationales qui ont leur siège ici. Nous allons réussir quelque chose d'incroyable, car nous avons la chance d'avoir tout ici. Le CIO, qui est chez lui, sera partie prenante. "Les Jeux reviennent à la maison." Ce dynamisme est en train de prendre. On va faire quelque chose de super.

Lausanne est une ville étudiante mondialement réputée. Comment en tirez-vous parti ?

Dès le début, dans cette idée générale de faire confiance aux jeunes, nous avons réussi à associer toutes les hautes écoles. Nous sommes fiers de collaborer avec Eracom, l'École romande d'arts et communication qui offre une formation duale où les élèves sont un jour à l'école et quatre jours en milieu professionnel. L'école compte 800 élèves, et 150 professeurs, pour tous les métiers artistiques, du numérique à la couture, l'animation, le dessin, le marketing. Sur un cursus scolaire total, de la rentrée 2017 à la fin 2018, les élèves ont réalisé la mascotte, l'identité visuelle des JOJ de 2020 et les pictogrammes. Il y a également l'ECAL, l'École cantonale d'art de Lausanne, qui propose au niveau universitaire une licence très renommée. Les étudiants de l'ECAL ont dessiné la vasque olympique, les podiums et les plateaux des médailles. La vasque sera construite par les élèves de l'École de la construction vaudoise. Ce ne sont que quelques exemples. Nous faisons confiance aux jeunes pour qu'ils réalisent des projets destinés aux jeunes.

Les JOJ peuvent-ils servir à promouvoir le sport en Suisse ?

Pendant les Jeux, nous montrerons les qualités des jeunes, leur abnégation, leur volonté, leur tristesse parfois, leurs réussites pour qu'ils donnent envie aux autres jeunes. Ce qui est exceptionnel, c'est que sur les huit sites où nous allons nous rendre, sept sont des stations de sports d'hiver, réparties sur deux pays, et trois cantons suisses dont un est germanophone, avec des cultures différentes : nous allons les réunir, nous nous les approprions, nous utilisons leur savoir-faire, nous les fédérons. Et le défi que nous relevons, c'est que chacun amène sa culture et fasse la fête, pendant 20 jours, même si les compétitions sur place ne durent que quatre ou cinq jours. Pendant les deux semaines, il y aura sur chaque site, des activités culturelles et sportives, des activités de promotion de certains sports, des initiations, etc. afin de donner envie à toute la jeunesse suisse de se mettre à la pratique sportive.

Quelles sont pour vous les clés de la réussite ?

C'est que le public y croit. Nous devons susciter l'engouement général, il faut que tous participent, que ce soit l'évènement de tout le monde. En faire l'évènement du public ! Si on arrive à faire que tout le monde vive ces Jeux, ce sera fantastique. Dans mes présentations, j'affiche une courbe où l'on voit 2017, 2018, 2020, 2030, 2040, une montée en puissance. Ce n'est pas "une manifestation et c'est fini". Faire une belle fête, c'est bien, mais on sait faire. Si on a la chance d'avoir les Jeux, nous devons en profiter et en faire un tremplin pour la suite. Une nouvelle télécabine aux Diablerets, le bâtiment Vortex pour les étudiants, les installations freestyle de haut niveau à Leysin, la patinoire rénovée de Lausanne, la participation des hautes écoles, tout est prévu pour le long terme. La co-construction avec le CIO est également un aspect fort. On teste des solutions pour l'avenir ! Nous faisons partie d'une évolution générale. Pour qu'elle serve pour la suite, nous nous attelons à quelque chose de nouveau pour arriver à un projet magnifique pour 2030, 2040 et concrétiser le rêve des jeunes.

©José Crespo