Avec Fanny Smith, Villars accueille le monde aux JOJ

La N°1 mondiale du skicross, vainqueur cet hiver de la Coupe du monde dans sa discipline, médaillée d’argent aux Championnats du monde 2019, est originaire de Villars-sur-Ollon, dans les Alpes vaudoises. La station de Fanny Smith sera l’un des sites de compétition des JOJ de Lausanne 2020, et du skicross notamment. Ambassadrice de ces JOJ, elle a participé à la conception du parcours et a fait un passage en Coupe d’Europe en janvier pour y courir devant ses fans. Interview avec une championne pleinement investie.

La saison qui vient de s’achever a-t-elle été la meilleure de votre carrière ?
C’est vrai que mon hiver a été très stable, une superbe saison sur le plan des statistiques. Entre 2013, où j’ai été sacrée championne du monde, et cette année, il y a eu de mon côté deux personnalités totalement différentes. Il y a six ans, c’était la jeunesse, l’insouciance, la folie… Des moments extraordinaires. Alors que cette année, j’ai obtenu sept podiums en Coupe du monde pour six victoires, et c’est passé à un cheveu pour le titre mondial, mais j’ai plus de maturité, je suis plus réfléchie, plus posée et la préparation a été totalement différente.

Vous disputez vos premiers Jeux encore adolescente à Vancouver en 2010…
J’avais 17 ans, j’étais la plus jeune athlète suisse. Mon entraîneur a voulu me protéger, me laisser un peu en dehors. Je n’ai pas participé à la cérémonie d’ouverture, nous sommes arrivés juste avant la compétition. C’étaient mes premiers Jeux, quelque chose d’extraordinaire, mais en même temps, j’étais là pour donner le meilleur, essayer de faire quelque chose, d’autant que quelques jours plus tôt, j’avais obtenu mon premier podium en Coupe du monde. Il n’était pas irréaliste de viser haut. J’ai en fait vécu trois expériences olympiques. Vancouver, c’était vraiment la jeunesse, la découverte, mais ce ne sont pas ceux que j’ai le plus pleinement vécus.

Sotchi 2014 ?
Ces Jeux, c’est la plus grosse blessure de ma carrière. J’ai eu beaucoup de mal à dépasser tout cela. J’étais en grande forme, la championne du monde en titre, j’étais attendue, et jusqu’à la demi-finale, tout me paraissait tellement facile, alors que je suis quelqu’un qui a toujours dû se battre pour arriver à quelque chose. Pendant la demi-finale, j’étais devant, j’avais 10 m d’avance, et je me suis dit “essaye encore quelque chose, pousse tes limites, va jusqu’au bout”. Mais quand on est aux Jeux, la course d’un jour, il ne faut rien essayer d’autre, juste faire que ce l’on sait faire. Et là, j’ai voulu me dépasser, ça m’a poussée à la faute et j’ai raté la finale. Pour moi, ça a été vraiment très difficile, et on parle d’années. Une grosse cassure, j’ai bien mis trois ans à me reconstruire.

Et votre podium à PyeongChang en 2018 ?
Mes troisièmes Jeux, ce sont ceux que j’ai vécus le plus intensément. Je suis arrivée à PyeongChang en me disant “pour une fois, je vais enfin profiter des JO”. J’ai participé à la cérémonie d’ouverture, j’étais plus relax, tout en ayant un objectif, mais en m’imprégnant pleinement de l’atmosphère olympique. Je suis rentrée chez moi à Villars avec cette médaille de bronze incroyable. En fait, en une course, j’ai fait deux courses, c’est cela qui est intéressant en skicross, il se passe tellement de choses. Jusqu’à la moitié de la course, je me bats pour passer à la première place, et je pars à la faute. Je dois alors lutter pour la médaille. Et ça passe. Le travail réalisé durant quatre ans, après avoir perdu toute ma confiance à Sotchi, a payé, je me suis accrochée jusqu’à la ligne d’arrivée. Une véritable délivrance, qui m’a ensuite permis de réaliser cette belle saison 2018-2019.

Cet hiver, vous avez fait un passage en Coupe d’Europe pour une course dans votre station qui vous a permis de tester le parcours de skicross des JOJ 2020. Racontez-nous…
Ça a été génial. Dans notre sport, nous n’avons pas pour habitude de changer de catégorie lorsque l’on court en Coupe du monde, mais là, avec cet évènement extraordinaire qui arrive en 2020, surtout à Villars-sur-Ollon… Ce n’était que la deuxième fois que je faisais un skicross dans ma station. La première fois, j’avais 12 ans, c’est d’ailleurs là que je suis tombée amoureuse de mon sport. La deuxième fois, c’était la course test pour les JOJ ! Je l’ai gagnée. C’était vraiment spécial, une ambiance assez particulière… Il y avait les membres de mon fan-club, mais aussi beaucoup de bénévoles, et énormément de professeurs des écoles de ski suisses. Un moment fabuleux, avec toute cette belle énergie.

Comment avez-vous trouvé le parcours de skicross des JOJ 2020 ?
Ils ont vraiment fait quelque chose de sympa. Ils ont épousé le terrain. Pour le skicross, il faut des sauts, des modules, des gros virages… Si je devais faire une analyse plus poussée, je dirais qu’on a quand même des parcours beaucoup plus longs en Coupe du monde avec des sauts plus grands. Mais il est fait pour des juniors et à leur âge, je n’avais jamais couru sur un parcours pareil.

Vous semblez être très attachée à vos montagnes des Alpes vaudoises
Je suis née ici, dans la vallée, j’ai habité toute ma vie entre Gryon et Villars. Quand j’étais plus jeune, lors de mes premières compétitions internationales, mes premiers voyages, comme à 15 ans en Nouvelle-Zélande, je me voyais déjà habiter ailleurs. Mais aujourd’hui, je me dis que la maison, c’est tout de même chouette. J’y suis tellement attachée ! En dix ans de carrière sportive, on voit énormément d’endroits, de montagnes, mais les miennes restent mes préférées. Villars, c’est un peu un plateau, il y a cette énorme bouffée d’oxygène. On est vite au lac, on est vite en plaine, on a un panorama de folie, un soleil incroyable, une situation extraordinaire.

Quelle forme prend votre engagement auprès de Lausanne 2020 ?
J’étais déjà présente lors de la phase de candidature. Dès le début, on m’a demandé si je voulais être ambassadrice. Et c’est clair que ma réponse a été immédiate. Mon rôle tourne beaucoup autour du skicross et de Villars. À la base, pour réfléchir au parcours avec le “shaper”, pour voir le responsable de la FIS. J’ai donné mon point de vue, je leur ai communiqué mes idées, sur le tracé, sur la ligne, et ils ont construit le parcours ensuite. Un vrai travail collectif. Après, j’aimerais faire beaucoup plus, mais c’est difficile avec ma carrière à côté. Pendant les JOJ, je rêve d’être à Villars pour accompagner les jeunes athlètes. Si je suis dans le coin avant et après la compétition de skicross, y compris à Lausanne, je serais ravie de proposer mes services au COJO. On discutera de quelle manière…

Pour quelles raisons avez-vous rendus publics les problèmes de dyslexie qui vont ont affectée ?
Ce que je voulais, c’était partager ce que je vis, ce que j’ai vécu aussi. Et dire que l’on peut avoir des difficultés à l’école mais qu’il est possible de trouver sa voie. Dès que l’on trouve sa passion dans quoi que ce soit, il faut se donner tous les moyens d’aller vers la réussite.

Est-ce important pour vous de partager avec les plus jeunes ?
Oui. J’aime beaucoup transmettre ce que j’ai appris dans mon sport, même avec les jeunes qui arrivent dans l’équipe suisse en skicross durant l’été : je m’entraîne, mais j’ai toujours un œil sur eux, je veux les aider. Si je peux apporter ma contribution, je le ferai toujours.

Quels sont vos prochains objectifs ?
Après ma très bonne saison, je vais tout faire pour poursuivre sur ma lancée. Ça me met une petite pression personnelle. À un moment donné cet hiver, c’était normal pour les gens que je gagne et je leur disais : “essayez de gagner une course et vous verrez”. Mais c’est vrai que j’ai réussi à évoluer à mon meilleur niveau durant tout l’hiver, j’étais comme sur une autre planète. On ne comprenait pas quand je terminais 2e ou 3e, mais tout de même, nous ne sommes pas des machines ! Donc la saison prochaine, je vais donner le meilleur de moi-même et voir la tournure que prennent les choses. J’ai aussi à cœur de développer mon sport, de mieux le faire connaître et de m’assurer qu’il évolue dans la bonne direction. Mon objectif principal, ce sont les Jeux Olympiques d’hiver de Beijing en 2022. Il faudra que je prenne toutes les valises de mes Jeux passés, et que je mette tout en place au bon moment !

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