“Un moteur pour le sport et le bien-être”

Le Lausannois Augustin Maillefer est un rameur international qui a déjà participé à trois éditions olympiques : les premiers JOJ à Singapour en 2010 et les JO de Londres 2012 et de Rio 2016. Il se prépare actuellement pour ceux de Tokyo 2020. Étudiant préparant un master en sciences du sport, Augustin met son expérience et son savoir au service de la jeunesse suisse dans le cadre de son rôle d’ambassadeur des JOJ de Lausanne 2020.
Il répond à nos questions.

Quand avez-vous commencé à pratiquer l’aviron ?
J’ai commencé un peu par hasard. C’est mon frère Jérémie qui avait commencé dans le club d’un ami et on m’a proposé de barrer, j’avais 12 ou 13 ans, j’ai fait deux ou trois courses et je me suis dit “je peux ramer” ! Ça s’est fait tout naturellement. Au début, c’était sans aucune ambition. Mais le club, Lausanne Sport Aviron est très compétitif, donc j’ai commencé à m’entraîner, d’abord deux fois par semaine, avec les copains, puis de plus en plus, et à 18 ans, et je m’entraînais deux fois par jour.

Votre progression vous permet de disputer les premiers JOJ en 2010….
Quand j’ai entendu pour la première fois parler des JOJ de Singapour, je ne savais pas trop ce que c’était, c’est mon entraîneur qui m’a dit “hé, tu es champion de Suisse junior en skiff, tu vas pouvoir aller aux Jeux Olympiques de la Jeunesse !” Ce qui est révélateur en parlant des JOJ, c’est que les sélections se sont faites sur la distance standard de 2 000 m, alors que les courses à Singapour ont eu lieu sur 1 000 m. La Fédération suisse d’aviron avait la volonté, non pas de sélectionner un jeune pour briller aux JOJ, mais d’en choisir un en misant sur l’avenir. La Fédération voulait sélectionner le champion suisse sur deux kilomètres, car Singapour 2010 n’était pas une fin en soi, mais un moyen de promouvoir la suite. Je pense que cela reflète assez bien l’esprit des Jeux Olympiques de la Jeunesse en général.


Que retenez-vous de cette première expérience olympique ?
J’ai adoré à peu près tout là-bas. Je ne sais pas par où commencer. C’était la première fois que j’allais en Asie, et ma première expérience olympique, le village, le processus d’accréditations, le mélange avec les autres sports… Après la fin de la compétition, on a encore eu quelques épreuves par équipes, les pays étaient mélangés. C’était vraiment sympa. Cela m’a permis de connaître des personnes que je vois encore aujourd’hui sur les régates internationales. La présence médiatique était très importante, j’ai donné beaucoup d’interviews. Il y avait également énormément de volontaires, c’était assez incroyable à Singapour. Des gens hyper investis, très chaleureux et vraiment au taquet. C’est sans doute ce qui m’est le plus resté de ces JOJ. Des jeunes, des moins jeunes, tellement engagés ! Impressionnant.

Deux plus tard, vous voilà aux Jeux de Londres…
Il y avait mon frère Jérémie dans le quatre de couple qui s’est qualifié pour les Jeux de 2012. Mais il s’est blessé l’année suivante, et comme je faisais partie des meilleurs rameurs, j’ai été pris à sa place. Les Jeux Olympiques, c’est quand même autre chose, mais j’en avais eu un aperçu à Singapour 2010, une sacrée répétition générale. Notre compétition a été difficile sur le lac d’Eton Dorney. Nous avons fini 12es et n’avons pas fait de courses incroyables, mais j’avais 19 ans et j’étais hyper content d’être là et de poursuivre mon chemin.

Quel a été votre rôle dans l’élection de la ville hôte des JOJ de 2018 ?
En juillet 2013 à Lausanne, on m’a proposé de remettre l’enveloppe portant le nom de Buenos Aires, après le vote des membres du CIO réunis en Session extraordinaire. Je l’ai remise au président Jacques Rogge. Ce dernier avait pris le temps de me briefer, c’était cool, j’étais juste là pour porter une enveloppe et j’étais un peu perdu. Il m’avait conseillé de ne pas monter les marches trop vite. Alors j’ai dû les monter à 2 kilomètres heure, ce qui a bien fait rire l’assistance…


Quel a été votre parcours jusqu’aux Jeux Olympiques de Rio 2016 ?
Entraînement, entraînement, entraînement. J’ai été champion du monde des moins de 23 ans en 2013 et en 2014 et l’année suivante, nous avons qualifié le quatre de couple pour les Jeux de 2016. Au Brésil, c’était pour nous l’apogée d’un cycle de quatre ans. Nous nous sommes classés 7es, mais nous étions un peu dégoûtés. Il y avait un moyen d’aller chercher quelque chose. Pour rien du tout en séries, quelques dixièmes de seconde, on aurait pu prendre la place des Polonais ou des Australiens, qui sont ensuite allés jusqu’en finale et ont terminé sur le podium.

À quel moment vous êtes-vous engagé auprès de Lausanne 2020 ?
À l’automne 2018, on m’a proposé de devenir ambassadeur. J’étais déjà investi auprès de la commission des athlètes. Dans ce rôle d’ambassadeur, je vois des occasions passer, les besoins de telle ou telle école, ou des personnes me contactent directement, puis on dialogue avec le comité d’organisation. Récemment, j’ai participé aux tests physiques scolaires du Canton de Vaud. Ils voulaient en effet lancer la discussion avec des athlètes d’élite, puis montrer les résultats pour que les élèves se posent des questions : “Mais comment ? Mais sur tel sport que dois-je travailler ?” L’émulation est nécessaire car il faut se rendre à l’évidence : j’ai fait les mêmes tests il y a dix ans et j’estime que le niveau scolaire a baissé. C’est ce que j’ai vu, également au niveau de l’attitude. Il y a énormément à faire…

Pour cette raison, est-ce important pour vous de transmettre votre expérience ?
Oui, en effet. Je pense que cela a de la valeur. D’autant plus que les jeunes sont le produit de notre société. D’un coup, ils n’arrivent plus à courir sur 12 minutes, alors que quand j’étais à l’école, tout le monde courait sur cette durée, même ceux qui étaient en surpoids essayaient. Aujourd’hui, 12 minutes leur semblent une éternité. Ils marchent et ne voient pas le problème. On se dit alors que les choses sont en train de changer. Donc, on essaye de les faire bouger, on essaye de rendre les choses intéressantes. Je suis également passé dans une école pour faire une présentation. La demande était précise : “Peux-tu leur parler de nutrition, de sommeil, et les faire rêver ?” Je continuerai avec plaisir à répondre aux demandes en fonction de mes disponibilités. Et puis il y a les autres ambassadeurs, nous pouvons nous relayer sur les différentes actions à mener.


Pensez-vous que Lausanne 2020 peut aider à changer les choses ?
Clairement. Juste parce que c’est un évènement très visible, qu’il est accessible et qu’il permet de faire participer la population d’une façon ou d’une autre, par des mini-jeux ou des choses dans le genre. Cela peut donner un coup de pouce. Il y a ensuite des choses que l’on pourrait approfondir, mais c’est un autre sujet. Par exemple, je ne suis pas un très bon orateur, mais je fais des études en sciences du sport, je suis en master, et là, on voit que sport, santé et bien-être sont liés, qu’il y a beaucoup à faire. Lausanne 2020 est un moyen de mettre tout ça en œuvre. C’est cool que nous ayons ces JOJ, c’est en quelque sorte une excuse pour mettre en valeur l’activité physique et le bien-être. Mais c’est une très bonne excuse, et il ne faut pas que cela s’arrête là. Il s’agit d’une étape.

Comment allez-vous concilier votre préparation aux Jeux de Tokyo et votre rôle d’ambassadeur ?
En février l’année prochaine, durant les JOJ, je serai à fond dans l’entraînement, mais je me rendrai disponible pour partager mon expérience avec les jeunes athlètes. Nous allons essayer de qualifier le quatre de pointe pour les Jeux de 2020. Techniquement, nous ne sommes pas encore au point, il manque encore l’alchimie, mais nous y travaillons et cela va venir. Il y aura notamment les Championnats d’Europe à domicile, à Lucerne. En attendant, je m’épanouis pleinement dans mon rôle d’ambassadeur. Je pense que c’est tout bénéfice pour la jeunesse de notre pays.